Flûte de Pan
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Achat d’une flûte de Pan roumaine

Les matériaux - La facture

Les pièges à éviter...

La flûte, une ténor de 26 tuyaux, présentée ci-contre est une flûte professionnelle de concert fabriquée par un des meilleurs facteurs. À ce niveau de qualité il faudra débourser un minimum de 700 € et parfois bien plus selon les facteurs... Notez que les plus chères ne seront pas forcément les meilleures...

Mais rassurez-vous, on peut trouver des flûtes très correctes pour bien moins cher !
On parle alors de flûtes d’étude [1].


La fabrication des flûtes de Pan roumaines

Les matériaux utilisés

Le matériau originellement utilisé est le roseau, mais il a été abandonné depuis longtemps au profit de deux autres matériaux.

Dans un premier temps, les facteurs et musiciens roumains ont utilisé le bois foré : on perce des pièces de bois tournés pour faire les tuyaux. De telles flûtes étaient très courantes tout au long du XXe siècle. Et alors que j’étais en voyage d’étude en Roumanie il y a une quinzaine d’années, j’ai pu voir quelques flûtes de ce type, dont certaines étaient tout-à-fait correctes.

Plus récemment, c’est le bambou qui est plutôt privilégié, mais cela s’est fait progressivement... Il ne faut pas oublier que la Roumanie sous la dictature de Ceausescu était très isolée et ne pouvait commercer facilement avec le reste du monde. Dans ces conditions, acheter des bambous de qualité était une véritable gageure pour les facteurs... Les bambous rentraient en Roumanie au compte-goutte et fort peu de flûtes sortaient des ateliers... Ce n’est qu’avec l’assouplissement du régime, puis l’ouverture totale héritée de la révolution, que le bambou est devenu un matériau courant pour ces fabrications.

Les roseaux

Le roseau est le matériau originel pour la facture des flûtes de Pan occidentales. Outre les naïs roumains, nombre de flûtes de Pan furent fabriquées dans ce matériau.

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Atelier de fabrication
Par Gilles Patrat, en colonie de vacances...

C’est le matériau idéal pour mener un atelier de fabrication de flûtes de Pan avec des enfants ou des amateurs... Peu onéreux, il est très facile de s’en procurer dans le sud de la France. De plus, on peut en acheter des bottes déjà prêtes à l’emploi (les roseaux ont notamment été séchés soigneusement et triés).

Sa principale qualité pour ce type d’atelier est la facilité de mise en œuvre puisque le roseau est un matériau tendre, facile à poncer et à couper avec des scies peu agressives [2]. Les poussières résultants du ponçage sont sans danger pour les voies respiratoires.

Les flûtes réalisées ont souvent de réelles qualités esthétiques, et ce n’est pas la moindre des satisfactions des jeunes facteurs !

Cependant le roseau présente des défauts rédhibitoires pour la facture de naïs performants :
- il est trop tendre pour permettre la réalisation d’un biseau précis et rigoureux ;
- les tuyaux sont irréguliers, jamais parfaitement droits dans leur longueur, ni parfaitement circulaires ;
- il est difficile à coller... Les colles efficaces pour ce matériau sont très chères...

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Naï en roseau

La photo ci-contre (cliquez-la pour l’agrandir) illustre bien quelques-uns de ces défauts...
- les tuyaux, du fait de leur irrégularité sont mal alignés... Un petit défaut d’alignement peut être accepté mais le risque de se blesser à l’endroit où la flûte frotte la peau, sous la lèvre, est très réel quand le défaut est conséquent, comme ici.
- les biseaux ne peuvent pas être soigneusement réalisés...
- la solidité de la flûte n’est pas assurée par de bons plans de collage, mais seulement par le rajout d’un bandeau, lui-même collé... En fait cette flûte n’est guère solide...

Pièges...

On trouve sur internet des flûtes en roseaux vendues comme étant fabriquées en bambous !
Même à bas prix, ces flûtes ne devrait pas intéresser ceux qui souhaitent avoir un bon instrument, ou même simplement un instrument convenable !

La flûte ci-dessus a été vendue comme étant en bambou... Mais c’est une flûte injouable... qui présente même un danger pour la lèvre si on la travaille un peu sérieusement !

Sa seule vocation est d’orner une cheminée !


Les bambous

On fait d’excellentes flûtes de Pan en bambou. Mais qu’une flûte soit faite en bambou ne signifie pas nécessairement qu’elle soit bonne... puisqu’il existe une grande quantité de variétés de bambous, alors que très peu sont convenables pour réaliser des naïs ; pas plus de 4 ou 5 sur plus d’une centaine de variétés... À noter que les bambous sud-américains, parfaits pour la réalisation de sikus (flûtes de Pan sud-américaines) ne conviennent absolument pas pour la facture des naïs, les flûtes de Pan roumaines dont nous parlons ici [3].

Une des difficulté pour la facture de flûtes en bambous réside dans le choix des matériaux ! Trouver le bon matériau peut être un véritable casse-tête pour les facteurs...

Ensuite, quand on a trouvé une qualité de bambou dotée des qualités requises [4], il faut encore faire un tri sévère pour ne retenir que ceux qui seront acceptables, les plus droits et cylindriques possibles.

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Naï en bambou

L’assemblage doit être soigné pour compenser les éventuelles petits défauts de courbure des tuyaux [5]. On voit sur la photo ci-contre (à cliquer) que les tuyaux sont assemblés par des méplats assurant un large plan de collage [6]. Cette réalisation est ici si précise qu’il est impossible de voir le plan de collage !

La sélection sévère des matériaux et tout ce travail sont indispensables pour une bonne facture en bambou. Cela explique le prix élevé des très bons naïs...

La simple comparaison de ces deux dernières photos vaut tous les commentaires...

Le bois foré

Cette technique est utilisée depuis longtemps en Roumanie, et ailleurs...

Chaque tuyau est foré (réalisation du percement) et tourné (réalisation de l’extérieur du tuyau) avant d’être assemblé aux autres.

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Naï en érable

Cette façon de faire procure un avantage immédiat pour la facture : les tuyaux sont parfaitement droits, réguliers et cylindriques (photo ci-contre, à cliquer). L’assemblage en est facilité d’autant et l’homogénéité du matériau assure aussi une homogénéité du timbre de l’instrument fini.

La qualité de ces flûtes varie ensuite selon le soin apporté à la réalisation des biseaux, à l’accordage et à la finition, et bien sûr dépend beaucoup de la conception.

De telles flûtes se retrouvent dans une fourchette de prix qui démarre à moins de 200 euros pour une flûte ténor, mais qui peut atteindre deux à dix fois ce montant pour des flûtes particulièrement soignées.

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Naï en bois de rose
Alto - 1200 €...

On trouve donc ici des bonnes flûtes pour l’étude, comme aussi des flûtes de très bonne facture réalisées pour les musiciens professionnels (cliquer la vignette ci-contre) comme on le voit avec cette flûte fabriquée par un des meilleurs facteurs. A noter que cette flûte montre un léger rétrécissement des tuyaux permettant d’en réduire sensiblement le poids (voir plus loin, l’inconvénient lié au recours d’essences rares, souvent denses et donc lourdes...).

Dans tous les cas, il faut que le bois utilisé soit de qualité, bien séché, droit de fil, d’un grain fin et homogène. On trouve finalement pas mal d’essences utilisables : érable, poirier et différents fruitiers, mais aussi des bois exotiques.

Le plus important, dès lors que le bois est correct, reste la qualité de la facture, plus en tout cas que la préciosité de l’essence [7]...

Pièges...

Certaines flûtes en bois foré se distinguent par un mauvais accordage... Alors qu’elles ont été réalisées avec soin et que l’esthétique est tout-à-fait correcte, l’accordage est bâclé !

Ce n’est pas un défaut mineur... Que peut-on faire avec une flûte qui joue faux ? Quels progrès espérer ?

Nous vous conseillons pour ce type d’achat, surtout si la transaction se fait par internet, de vous assurer que les flûtes proposées sont bien accordées, voire de poser directement et franchement la question au vendeur. Dès lors, si la flûte que vous recevez n’est pas parfaitement accordée, vous devriez faire jouer sans état d’âme votre droit de rétractation et vous faire rembourser par le vendeur.


D’autres matériaux...

On peut trouver des naïs en métal, en verre (on dit alors en cristal...), en plexiglass ou différents plastiques, etc... Ces fabrications sont anecdotiques et présentent souvent un inconvénient particulier. Par exemple, les flûtes en cristal sont très lourdes, les flûtes en plastique ne glissent pas bien sous la lèvre (mais certains plastiques pourraient cependant bien glisser..)...

Il ne faut pourtant pas négliger ces recherches car certaines sont menées par des personnes sérieuses et compétentes qui tentent de faire évoluer favorablement l’instrument. Ainsi, les flûtes en métal semblent présenter de réelles qualités dans le jeu très rapide...

Quoi qu’il en soit, ce ne serait pas très sérieux d’encourager un musicien débutant à faire de telles acquisitions. Quant au musicien confirmé, il saura orienter son choix en fonction de ses connaissances, et de ses attentes particulières.

La réalisation des biseaux

Les bons facteurs, contrairement à ce que l’on pourraient croire, font des biseaux de formes très différentes ! Ce faisant, ils assument des choix conséquents à de nombreuses expérimentations pour assurer à leurs flûtes un son de qualité, mais coloré et typé comme ils l’entendent.

En fait, il n’y a pas de forme idéale de biseau... Chaque choix présente des qualités et des inconvénients, et le résultat ne pourra être qu’un compromis. Certains facteurs, parmi les meilleurs, peuvent même proposer différents biseaux pour satisfaire le goût particulier d’un instrumentiste.

Personnellement, parmi mes flûtes, toutes de grande qualité et dont les prix varient entre 600 euros et beaucoup plus... j’en ai une qui est très puissante, mais qui est difficile à jouer dans les pianos et sur laquelle obtenir des chromatismes justes n’est pas facile...
Une autre a un son un peu acide... mais fait merveille accompagnée par les grandes Orgues des églises et cathédrales.
Une autre encore est très douce et sensible, elle est parfaite pour improviser tandis qu’un poète déclame sa poésie. Elle a un son bien rond mais ne prend jamais le dessus et laisse toujours une bonne place à la voix sans jamais la couvrir...


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Flûte avec biseaux très échancrés

Un biseau très prononcé facilite l’émission du son et celui-ci est puissant. Ce type de facture peut être intéressant pour les très jeunes enfants qui arrivent à émettre rapidement avec sureté et facilité [8].

Ce sont des flûtes encourageantes !

Cependant quand l’apprenti deviendra performant, il faudra en changer pour choisir une flûte plus difficile et exigeante mais plus fine et souple.

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Biseaux "inversés"...

À l’inverse, un biseau inversé (oui, cela existe !) où l’on voit le côté biseauté (opposé à la lèvre) plus haut que le côté lèvre, fait des flûtes douces et sensibles, mais pas si faciles à jouer au début...

Les musiciens soucieux d’avoir une flûte assez polyvalente, tout comme les débutants, devraient choisir un biseau intermédiaire entre ces deux extrêmes...
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Un bon compromis pour les biseaux.
Gibonus FPS-22C
Le soin apporté à la réalisation des biseaux est essentiel !

Le rapport longueur/diamètre des tuyaux

il est indispensable que le rapport diamètre/ longueur soit cohérent.

Des diamètres trop importants rendront la flûte généreuse mais un peu lente. L’inverse produira une flûte qui aura du mal à faire entendre le fondamental [9] du son. Un rapport carrément excessif, donc un tuyau trop fin ou trop large au regard de sa longueur, donnera une flûte... carrément mauvaise !

L’accordage

L’accordage à la cire est généralement retenu pour les meilleures flûtes. C’est un procédé qui donne un excellent résultat mais le travail d’accordage est très long et requiert un très grand savoir-faire...
Ré-accorder ce type de flûte est une tâche quasi impossible pour un débutant...

L’accordage par bouchon mobile de caoutchouc( [10] donne aussi un bon résultat.
Ce système d’accordage est souvent utilisé pour les bonnes flûtes d’études.

Le ré-accord est alors plus facile et beaucoup plus rapide que pour les tuyaux accordés à la cire, mais sera malgré tout très difficile pour un débutant.

Quant à l’accord obtenu par la coupe à longueur du tuyau et sans possibilité de ré-accord, il ne convient pas pour les naïs.

Pourquoi les flûtes de Pan se désaccordent ?
Et bien, ce n’est pas tant la flûte qui se désaccorde... Mais plutôt les lèvres de l’instrumentiste qui changent, et/ou sa façon de souffler !
Avec la pratique, les lèvres se musclent, deviennent plus précises et la hauteur des notes produites monte généralement assez nettement.

Un autre facteur intervient : la variation de température... La fréquence d’un son étant directement liée à la température de l’air. Ce phénomène bien connu des acousticiens est cependant minime et n’implique pas le plus souvent que l’on doive ré-accorder sa flûte sans cesse... On corrige plutôt intuitivement l’accord pendant le jeu en changeant légèrement l’inclinaison de la flûte, mais ceci n’est possible qu’à condition que la flûte soit bien faite. Dans le cas contraire, la justesse pourra ne pas être au rendez-vous sur tous les tuyaux... Et il faudra mieux ré-accorder.

Enfin, nos flûtes, fabriquées dans un matériau naturel, vont varier légèrement de dimensions dans le temps. Ceci est surtout vrai alors que la flûte est "jeune" et deviendra imperceptible quand elle prendra un peu d’âge. Certaines flûtes sont traitées d’origine [11] et peuvent ne présenter que des variations quasi nulles durant toute leur vie.


Origine des naïs

Depuis quelques années, on trouve des facteurs de naïs roumains hors de Roumanie : Allemagne, Suisse, Canada, Pologne... Parmi eux certains fabriquent d’excellentes flûtes ! Les flûtes roumaines ne sont plus un monopole roumain...


Notes

[1] Et ce quelque soit la façon dont les facteurs les nomment...

[2] Ce qui limite le risque de bobos...

[3] Ils ont de longs entre-nœuds, ce qui est une belle qualité, malheureusement leurs parois sont beaucoup trop fines...

[4] qualités mécaniques, résistance aux agressions, longueur acceptable entre nœuds, épaisseur convenable des parois...

[5] Le bambou est un matériau naturel, et des tuyaux parfaitement droits sont sans doute assez rares, voire exceptionnels...

[6] Ce procédé est caractéristique des bonnes factures : il assure la solidité et la "raideur" de la flûte.

[7] Certaines essences souvent recherchées dans la facture instrumentale, comme l’ébène, peuvent ne pas être bien adaptées pour nos flûtes de Pan puisque la flûte est alors très lourde. Une flûte d’un poids de 50 à 70 % supérieur à une flûte en érable... Voilà un choix que je ne conseillerais pas à un débutant ! Quant aux musiciens expérimentés, ils ne méconnaissent pas cet inconvénient mais peuvent faire ce choix pour des raisons qui leurs sont propres.

[8] Voir ici une photo]

[9] Ou premier harmonique, déterminant dans la perception de la hauteur d’un son.

[10] Ou de tout matériau assez souple permettant une mise "en force" dans le tuyau sans risque que le bouchon glisse par accident, mais aussi sans risque d’éclatement du tuyau.

[11] Par exemple par imprégnation...

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