Flûte de Pan
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Sécheresse, moisissure...

Entretenir le naï roumain

Quelques bonnes règles...

Nos naïs, quelqu’en soit le matériau de fabrication, demandent un minimum d’attention si l’on veut les conserver au meilleur de leur forme.

On peut distinguer trois types de situation : les précautions ordinaires à pratiquer au quotidien, la prévention de la sécheresse du matériau et les attaques de moisissures.

La réponse appropriée pourra différer selon le matériau mis en œuvre pour la facture du naï.

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Entretien du naï
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- La sécheresse excessive est responsable d’un son moins facile ; elle peut aussi provoquer l’éclatement du tuyau.
- Les attaques de moisissures vont profondément détériorer les parois des tuyaux contaminés. À terme si rien n’est fait, la flûte est condamnée.

Mais, comme souvent, rien n’est simple et un excès de soin peut aussi condamner votre flûte...

Les précautions ordinaires

Vapeur d’eau et salive...

Notre souffle porte au sein de chaque tuyau une quantité non négligeable de vapeur d’eau et un peu de salive. Avec un usage un peu intensif, et pour peu qu’il fasse un froid, cette vapeur d’eau finit par ruisseler le long des parois intérieures de nos tuyaux et s’accumule au fond. On peut la voir... Mais même si on ne la voit pas, cette humidité est présente et finira par favoriser l’apparition de moisissure si on la laisse s’accumuler dans les parois des tuyaux.
Il faut donc sécher de notre mieux l’intérieur de notre flûte, et cela aussi souvent que nécessaire. Passer un coup d’écouvillon dans chacun des tuyaux demande pas mal de temps et ne représente pas un soin suffisant... Ce n’est donc pas la façon la mieux appropriée pour sécher notre flûte...

Si il y a une accumulation de liquide au fond des tuyaux, on va d’abord poser la flûte tête en bas sur quelques papiers absorbant.
Après 10 ou 15 minutes, on va la coucher sur le côté afin que l’air puisse parachever ce séchage. Il peut falloir plusieurs heures pour cela, mais en tout cas, on ne rangera pas la flûte dans son étui avant qu’elle ne soit sèche.

Parfois, il faut différer ce petit soin, par exemple quand on a joué en extérieur ou en concert... On remet alors la flûte dans son étui sans qu’elle soit sèche. Dans ce cas, il faudra procéder à ce séchage aussitôt que possible ! On n’utilisera jamais aucun moyen mécanique, sèche cheveux, ventilation ou chaleur quelle qu’elle soit, pour accélérer ce séchage. Ce traitement brutal pourrait être bien pire que le mal que l’on veut combattre !
Pratiquement, si la mise en étui n’est pas rendue nécessaire par un déplacement ou par la nécessité de protéger la flûte, elle pourra rester à l’air tout le temps...
Avantage de cette façon de faire, la flûte bénéficiera ainsi de la lumière ambiante, or la moisissure n’aime pas la lumière...

Choc thermique...

Quelques situations que vous pourriez rencontrer...
Vous allez jouer en hiver dans une église qui n’est pas chauffée... Vous prenez l’avion... Dans tous les cas, vous pourrez vous prémunir d’un accident en prenant quelques précautions.

Pour l’église glaciale et humide, il faut éviter d’arriver au dernier moment. Ce n’est pas un choc que vous lui imposeriez en procédant ainsi, mais plusieurs... D’abord extraite de l’atmosphère douillette de la maison, jetée dans le froid puis réchauffée par votre souffle, et tout ça si rapidement qu’elle ne pourra jamais s’acclimater... Un tuyau pourrait se fendre, mais le plus souvent elle se contentera de faire un service ad minima et elle sonnera chichement...
Ayant donné de très nombreux concerts de Noël, j’ai eu l’occasion d’expérimenter plusieurs stratégies. Celle qui a donné le meilleur résultat était d’arriver très en avance et de permettre à ma flûte de s’acclimater d’abord à l’ambiance froide et humide de l’église, puis de bien la réchauffer par mon souffle (et de me réchauffer moi-même...) juste avant le concert. En procédant ainsi je n’ai jamais eu de mauvaise surprise.

Mais durant le déroulement du programme, la flûte pourra encore se refroidir si elle n’est pas jouée pendant plusieurs pièces d’affilées... Une stratégie ordinaire des joueurs de flûtes à bec, lesquels changent souvent d’instrument au cours d’un concert, est de réchauffer contre leur corps la flûte qui sera jouée dans le morceau suivant. C’est très efficace, mais demande une bonne organisation et n’est pas si facile pour nous autres avec nos naïs...

Ici, je vous invite à faire vos propres essais, car en fait c’est le couple musicien/flûte qui doit se préparer au mieux et les contingences peuvent modifier beaucoup la préparation idéale...

Pour un voyage en avion, si votre flûte peut voyager en cabine, ce sera parfait. Mais selon les règles, variables, des compagnies et la dimension de votre étui, cela pourra être impossible et votre flûte devra voyager en soute où la température peut descendre bien en-dessous de zéro degrés... La solution sera là de rendre ces variations de température les plus progressives possibles en glissant la flûte au milieu de vos vêtements dans une bonne valise bien solide.
Évidemment le grand sac, qui ne protège pas des chocs physiques est à proscrire absolument.

Exposition au soleil, à la chaleur...

On ne laisse jamais nos flûtes en plein soleil, et tout particulièrement derrière une vitre. Elles aiment la lumière, mais pas le soleil direct et pas non plus les chaleurs excessives, et donc on ne la laissera pas non plus dans une voiture garée en plein soleil (attention... le soleil tourne...), ou près d’un radiateur en quelque saison que ce soit...

À noter que les flûtes en bambou sont particulièrement sensibles à la chaleur du fait que le matériau est particulièrement « raide », et que dans leur cas, le risque d’éclatement d’un tuyau est très réel.

Pièces et lieux humides...

C’est le contexte le plus dangereux pour vos flûtes ! En outre, ce n’est pas excellent pour votre santé s’y vous y séjournez.

S’il s’agit de votre lieu d’habitation, une mesure s’impose, comme l’achat d’un déshumidificateur.
S’il s’agit d’une exposition temporaire, comme c’est par exemple le cas lors de concerts dans certaines églises, la simple précaution de bien sécher la flûte après coup devrait suffire. Mais si l’exposition est récurrente, le risque de développement de moisissure est augmenté et il vaut mieux dans ce cas traiter préventivement (voir plus loin).

On constate en outre que ces lieux humides sont souvent déjà infestés de moisissures, surtout quand ils ne sont pas régulièrement nettoyés... On prendra dans ce cas la précaution de vérifier les surfaces sur lesquelles on pose nos flûtes en évitant absolument celles qui pourraient montrer quelques traces malsaines ou de salissures. ET, dans tous les cas, on ne posera jamais nos flûtes directement où que ce soit sans la protéger au niveau du contact par un tissu, ou une chamoisine naturelle qui, en outre, protège l’état de la surface si elle est un peu épaisse.
Bien entendu, on nettoiera cette chamoisine aussi souvent que nécessaire...

Pris au dépourvu, en l’absence de tissu, on peut utiliser quelque feuilles de papier propres que l’on jettera simplement après usage.

La sécheresse excessive

On rencontre souvent ce problème quand une flûte n’a pas été jouée depuis un certain temps...
Le symptôme est visible à l’œil. En outre, le son s’est aussi détérioré. Il faut traiter !

Le traitement le plus reconnu parmi les naïstes consiste à l’imprégner d’huile d’amande douce par l’intérieur des tuyaux. Ce traitement peut être renouvelé si la flûte est particulièrement sèche, mais il faut se méfier de la multiplication d’un tel traitement. En effet, un excès d’huile contenu dans les parois peut littéralement tuer une flûte !

Il faut noter qu’une sensible amélioration de la qualité du son, ou de la facilité d’émission, est remarquable dans les jours qui suivent un tel traitement... Mais cette amélioration ne sera plus manifeste après quelques jours, quand l’huile aura été profondément absorbée... De ce constat découle la tentation de renouveler le traitement sans prendre en considération l’état réel de sécheresse de notre flûte.

On améliore artificiellement le son, mais cela ne dure qu’un temps, et à terme la flûte sera gorgée d’une huile épaisse et brunâtre qui finira par suinter à l’extérieur de la flûte, notamment au niveau des collages où les parois sont affinées. Évidemment, on va nettoyer cela, mais peine perdue, dans quelques semaines les vilains suintements ré-apparaitront !

Pratiquement, pour une flûte jouée, et normalement traitée, un tel traitement ne devrait pas être appliqué plus d’une fois par an.

Le choix de l’huile et une précaution...

On utilisera une huile bio, où à défaut une huile que l’on se procure en pharmacie et qui bénéficie d’une garantie de qualité.

Cependant, toutes les huiles naturelles rancissent avec le temps, or il n’en faut qu’une infime quantité pour faire un traitement et une huile rance est inutilisable. Le mieux est donc de n’en acheter qu’une petite quantité, d’utiliser pour les soins de la peau ce qui reste et de ne pas la conserver inutilement...

À noter que l’on voit maintenant proposé de traiter le naï à l’aide d’une huile de paraffine. Traitement qui pourrait être efficace aussi contre le développement de moisissures... Je n’en ai pas l’expérience et ne parlerai donc pas de ces effets, mais l’usage de cette huile n’est pas sans poser quelques problèmes :
- l’essentiel de la production d’huile de paraffine est obtenue par le traitement de résidus de distillation de pétrole, ou à partir de bitumes schisteux ;
- ces huiles doivent ensuite être chimiquement désaromatisées pour pouvoir être employées, il faudrait donc peut-être ne pas employer la première huile venue ;
- enfin, l’huile de paraffine est connue pour un risque signalé par le site de la sécurité sociale (http://www.ameli-sante.fr) en cas “d’inhalation de la paraffine liquide qui entraîne une pneumopathie lipoïde”. Étant donné l’affaiblissement de nos contemporains face aux agressions chimiques et l’augmentation inquiétante du nombre des allergies, chacun fera son choix...

Passer l’huile dans les tuyaux...

On utilise une fine baguette de bois autour de laquelle on a enroulé une bande de tissu de coton non pelucheux. On s’est préalablement muni d’une petite lampe torche qui permettra de vérifier que toute la paroi de chaque tuyau est bien imprégnée.

Si un ou plusieurs tuyaux ont déjà subi une attaque de moisissure, on changera la bandelette après les avoir traité pour ne pas prendre le risque de contaminer des tuyaux sains.

Après application, on pose la flûte sur un papier absorbant, côté ouvert en bas, pour que l’huile en excédent s’écoule, puis on finit le traitement en la laissant bien sécher avant de la jouer à nouveau.

Quelles flûtes traiter...

Les flûtes de bambou, ou celles fabriquées en bois tourné peuvent être traitées si nécessaire.
Toutefois les flûtes Gibonus qui ont reçu un traitement par imprégnation profonde lors de la fabrication ne présentent aucun risque de dessèchement et ne demanderont pas à être traitées ensuite.

Les attaques de moisissures...

Il faut bien sûr tout faire pour préserver notre flûte de ce risque car à ma connaissance on ne sait pas éradiquer les moisissures dans nos flûtes. Il existe des produits chimiques capable de faire ça, comme l’eau de javel qui est très efficace, mais pour traiter un naï à l’eau de javel, il faut être désespéré !
Par contre, on sait stopper le développement des moisissures, grâce notamment à un produit tout-à-fait naturel : l’alcoolat, ou teinture-mère, de propolis.

Produite par les abeilles, la propolis est une substance brune nettement plus ferme que la cire et très odorante. Elle est toujours plus ou moins mélangée à de la cire durant l’élaboration par les abeilles, ce qui lui donnera la souplesse nécessaire à son usage. Les abeilles, l’utilisent comme un mortier pour combler des fentes dans la structure extérieure de la ruche, mais aussi pour lutter contre le développement des moisissures et embaumer les petits animaux morts qui ont pénétré dans la ruche. Les égyptiens connaissaient ses vertus et l’ont utilisée aussi pour l’embaumement des défunts.

De plus en plus utilisée aujourd’hui pour ses vertus naturelles par exemple dans les affections des voies respiratoires, il est facile de s’en procurer, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous... On en trouve sur internet, mais celle que j’ai reçu était bien claire et peu chargée en propolis.

La meilleure que j’ai trouvée jusqu’à présent avait été fabriquée par une apicultrice dans les Pyrénées. Très chargée en principe actif, très bien débarrassée de la cire, une seule application avait laissé un film conséquent et « raide » comme un vernis. Hélas, j’ai perdu les coordonnées de cette apicultrice...

Une teinture mère moins chargée sera aussi utilisable mais au prix d’efforts plus conséquents. Il faudra mettre plusieurs couches, ce qui n’est pas facile puisque la propolis déjà déposée se re-dilue dans l’alcool quand on passe la couche suivante... On n’en finit jamais, et la couche laissée finalement est fine...

Bien passée, la propolis devra ressembler à une fine couche de vernis, mais elle n’aura jamais la dureté des vernis modernes.

La propolis, en association avec de l’huile de lin et d’autres produits, a été utilisée pour la fabrication de vernis, notamment pour le traitement de bois précieux ou durement exposés.
Enfin, Stradivarius a fabriqué des vernis comprenant de la propolis pour vernir ses célèbres violons...

Passer la propolis.

On procédera exactement comme pour passer l’huile d’amande douce, mais à ce détail près qu’il ne faudra pas mettre de sur-épaisseur... Contrairement à l’huile, l’excédent de teinture mère ne s’écoulera pas...

On veille à ne pas faire de coulures à l’extérieur du tuyau, et s’il y en a on les nettoie aussitôt avec un peu d’alcool pur.

En conclusion...

Faire un traitement à la propolis une fois par an de votre flûte limitera beaucoup le risque d’apparition de moisissures...

En outre, si l’on utilise un coton comprenant de « grosses » mailles comme les compresses chirurgicales stériles pour passer l’huile, on réalise en même temps un bon nettoyage de l’intérieur des tuyaux. Mais comme cela est dit plus haut, il ne faudra pas multiplier ce traitement à l’huile sans bonne raison. Une fois par an au maximum pourrait être un bon compromis.

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